La prévention
et le soin de la maltraitance dans notre canton
Notre canton est doté d'un certain nombre
de structures spécialisées en maltraitance,
notamment dans les milieux médicaux universitaires
psychiatriques et dans certains services sociaux et
pédagogiques. Chacune de ces structures travaille
de manière compétente et efficace, avec
toutefois deux failles majeures que toutes reconnaissent
elles-mêmes : d'une part, la mauvaise coordination
des services entre eux, d'autre part, l'insuffisance
des moyens financiers à disposition pour répondre
aux besoins de la population et des autres services
(tribunaux, établissements scolaires, éducatifs,
médicaux et sociaux).
A ces insuffisances s'ajoute une autre, plus
préoccupante. Alors que le milieu familial constitue
la cause la plus élevée des mauvais traitements
(plus de 85% des cas), aucune structure spécialisée
dans l'évaluation expertale et le suivi
thérapeutique des familles maltraitantes n'existait
dans le paysage des soins actuels. Il existe certes
des centres de thérapie familiale, mais aucun
n'est spécialisé dans la maltraitance
ni n'a les compétences suffisantes pour
réaliser des expertises pénales ou civiles
spécialisées (du double point de vue de
la systémique familiale et du profil particulier
des familles maltraitantes).
La plupart des familles sont éclatées
lors de leur approche expertale ou thérapeutique,
les enfants sont envoyés dans les services de
pédopsychiatrie ou de pédiatrie, et les
parents chacun de leur côté dans les services
pour adultes. Ainsi, ce sont des suivis individuels
qui dominent le tableau : aucun suivi thérapeutique
collectif des membres de la famille (approche dite «
systémique ») n'est mis en œuvre,
ce qui constitue une insuffisance évidente si
l'on tient compte des connaissances actuelles
en la matière. Il est donc indispensable de remédier
à ce manque, en vue de compléter utilement
le travail des structures déjà en place
et d'assurer plus d'efficacité aux
interventions des professionnels.
Le soin des violences domestiques
Active depuis janvier 2003, la CIMI est une nouvelle
structure médico-psychologique, de nature interdisciplinaire
(psychiatrie, pédopsychiatrie, pédiatrie,
psychologie, approche socio-éducative, art-thérapie),
spécialisée dans la maltraitance intra-familiale.
Ce nouvel établissement sanitaire ambulatoire,
reconnu par la Santé publique du canton de Vaud,
regroupe en son siège, à Lausanne, une
trentaine de collaborateurs (médecins de plusieurs
spécialités, psychologues, éducateurs,
art-thérapeutes, animateurs sociaux). La CIMI
offre des consultations médicales et psychologiques,
propose des psychothérapies aussi bien individuelles,
de couple, de famille, que de groupes auprès
de patients sans distinction d'âge.
La CIMI considère la famille comme un ensemble
de personnes en interaction. Pour soigner une famille
maltraitante, il est essentiel que ces interactions
soient examinées et modifiées de façon
multilatérale, sans se limiter à l'examen
ou au traitement séparé de chaque membre.
Ici, ce qui se passe entre les gens est beaucoup plus
significatif et crucial que ce qui se passe dans les
gens.
Dans une famille confrontée aux violences domestiques,
il ne sert pas à grand chose en effet de traiter
la victime seulement, car cette victime sera exposée
à des récidives tant que l'auteur
et les tiers ne seront pas aussi soignés, de
préférence en même temps et par
la même équipe. Cette coordination multilatérale
de l'effort thérapeutique (qui se concrétise
dans la thérapie familiale) est une condition
nécessaire pour parvenir à des résultats
sensibles et pour assurer une prévention sérieuse.
Spécificités de
l'approche thérapeutique des familles maltraitantes
Approcher une famille victime de violences domestiques
exige un savoir faire et des précautions sur
le triple plan éthique, juridique et thérapeutique.
Il s'agit là d'une réalité
socio-familiale complexe, qui comporte des pièges
et des dangers, qui exige de tout intervenant professionnel
à la fois du tact et de la sensibilité,
que du sang froid et de la détermination.
C'est pourquoi il est difficile et peu recommandé
de travailler seul en ce domaine ; la cothérapie,
le travail de réseau et la supervision sont indispensables,
au risque de provoquer de nouveaux dégâts
au lieu d'aider ces familles déjà
très éprouvées.
Les 13 règles de la CIMI
Un certain nombre de règles nous paraissent
indispensables à suivre en la matière.
L'équipe de la CIMI en a énuméré
treize à ce jour, après deux années
d'expérience de terrain :
- Identification rapide des abus de pouvoir
dans le système familial.
- Identification rapide des ressources du
système familial (facteurs de résilience).
- Modélisations du fonctionnement d'ensemble
du système familial (évaluation en termes
systémiques, génogramme, sociogramme).
- Implication de tous les membres de la famille
dans le processus de l'évaluation et
dans le processus thérapeutique.
- Dispositif de sécurité pour les
membres vulnérables du système familial.
- Dispositif de sécurité pour les
intervenants extérieurs (notamment sur
le plan juridique).
- Concertation en réseau avec tous
les intervenants et distribution pertinente des rôles.
- Echelonnage des interventions tempestives,
par ordre d'urgence, de priorité stratégique,
de capacités évolutives.
- Flexibilité du setting (consultations
individuelles, de couple, de famille, de groupe, de
réseau).
- Facilitation des confrontations conjugales,
familiales, intergénérationnelles et
de réseau, quand la sécurité
est acquise et que les membres sont suffisamment prêts.
- Elever le seuil de l'irréparable :
élaborer le pardon, valoriser les conduites
réparatrices (quand cela est possible),
restaurer les capacités éthiques interpersonnelles
des membres de la famille.
- Articulation d'interventions clarificatrices
par élucidation, de prescriptions
directes et indirectes, de techniques de modeling
(identification, jeu de rôle), de conseils
psycho-éducationnels, d'expériences
correctrices (remotivation), de mobilisation des
ressources, de renforcement de la résilience.
- Catamnèse (follow up) sur l'évolution
des relations après la thérapie (consultations
de bilan, échanges téléphoniques,
questionnaires).
Pour davantage de détails sur la procédure
suivie, voir sous « Prestations
de la CIMI ». |