Le degré de la maltraitance
intrafamiliale dans une société donnée
est difficile à évaluer avec précision.
On peut estimer l'importance de ce fléau
par diverses statistiques.
Une piste indirecte mais significative est la façon
dont évolue le nombre de condamnations dans les
tribunaux :
Condamnations pour actes d'ordre sexuel sur des
enfants : de 1992 à 1997, elles ont passé
de 263 à 320 (nouvel art.187 et ancien art.191
du CP). (Office
fédéral de la statistique).
Condamnations pour délits contre l'intégrité
sexuelle et infractions contre le patrimoine, qui a
passé de 1992 à 1997 de 712 à 986
(avec un abaissement intermédiaire à 540
en 1995) (Office
fédéral de la statistique).
Une autre piste est l'interview des parents
:
Châtiments corporels : (Rapport fédéral
Enfance maltraitée, 1992)
- environ 35% des parents dont un enfant au moins est
âgé de moins de 16 ans reconnaissent avoir
châtié physiquement leur enfant ;
- 25% des parents ayant un enfant âgé de
moins de deux ans et demi déclarent l'avoir
frappé ;
- 48% des parents d'enfants âgés
de 2,5 à 4 ans indiquent avoir infligé
une punition corporelle.
Il ressort de cette enquête que les enfants de
0 à 4 ans, qui sont aussi les plus fragiles,
subissent plus fréquemment des châtiments
corporels que les autres enfants plus âgés.
Type de châtiment et sa fréquence : (Rapport
fédéral Enfance maltraitée,
1992)
- 19,61% des parents déclarent gifler leur
enfant âgé de 0 à 2,5 ans de «
rarement » à « très souvent
» (près de 40'000 bébés);
- 14.19%, signalent que la fréquence d'administration
de gifles au bébé se situe entre «
parfois » à « très souvent
» (près de 30'000 bébés)
;
- 11,03% disent donner des coups (plus de 20'000
bébés) ;
- 2,44% indiquent qu'ils frappent le bébé
avec un objet (environ 5'000 bébés).
Il est consternant de constater que chez les enfants
de moins de 2,5 ans, le motif invoqué pour la
punition corporelle est, dans 40,5% des cas, la «
désobéissance ». Par méconnaissance
de la psychologie du développement, un nombre
impressionnant de parents attendent manifestement que
l'enfant fasse preuve d'une capacité
d'adaptation qu'à cet âge il
ne contrôle que peu ou pas. (Rapport fédéral
Enfance maltraitée, 1992).
Voici par ailleurs une évaluation de la distribution
des mauvais traitements selon leurs formes : Répartition
des mauvais traitements (sur 1555 cas analysables)
(Rapport fédéral Enfance maltraitée,
1992) :
| Mauvais traitements physiques |
602 cas sur 1'155 |
52,2% |
| Mauvais traitements psychiques |
615 cas sur 1'155 |
53,2% |
| Exploitation sexuelle |
344 cas sur 1'155 |
29,8% |
| Négligences |
456 cas sur 1'155 |
39,5% |
Diverses enquêtes réalisées auprès
d'adolescents ou auprès de professionnels
permettent d'étoffer nos estimations actuelles
des formes de maltraitance et de leurs pourcentages
:
A titre plus régional, une enquête réalisée
auprès des adolescents genevois : (Halpérin
& coll., 1996) montre que :
- une fille sur trois et un garçon sur dix
ont été victimes, au moins une fois
avant la fin de leur scolarité obligatoire,
d'actes à connotation sexuelle réalisés
sous une forme ou une autre de contrainte ;
- pour environ un garçon sur 90 et une fille
sur 18 ces actes sont d'une gravité certaine
(au sens pénal au moins), puisqu'ils
comprennent des rapports sexuels complets ou des actes
de pénétration corporelle qui peuvent
leur être assimilés.
Une autre enquête effectuée dans le canton
de Vaud (Hofner & Ammann, 2001) a
tenté d'évaluer le nombre d'enfants
mineurs maltraités repérés ou pris
en charge en 1999 par divers types de professionnels,
durant 3 mois, dans le canton de Vaud, et de décrire
le profil de ces mineurs. Sur 804 fiches, il a été
possible de décrire la situation de 709 mineurs.
Les résultats montrent que, selon l'avis
des professionnels :
- la maltraitance psychologique (ou cruauté
mentale) représente plus du tiers des situations
repérées,
- celles de type physique ou sexuel environ un quart
chacune,
- la négligence 18%.
De ces diverses estimations ressort l'importance
des mauvais traitements sur le plan aussi bien intra-familial
qu'extra-familial
Une attention plus précise portée à
la maltraitance subie par les enfants permet de constater
que la maltraitance intra-familiale domine largement
le tableau. Les observations de l'ODAS (observatoire
national de l'action sociale, à Paris)
montrent en effet que, sur 65'000 enfants en danger
en France au cours de l'année 1995 (9'000
cas de plus qu'en 1994, soit une progression de
12%), les auteurs de sévices (violences physiques,
abus sexuels, négligences lourdes et cruauté
mentale) sont essentiellement de la proche famille (ODAS,
1996,2001):
| AUTEURS |
CATEGORIES |
POURCENTAGE |
| ENTOURAGE |
grds-par.mat
grds-par.pat.
autres membres
ami de la famille
camarade
gardien / voisin |
8,98%
1,35%
0,60%
3,44%
0,98%
1,54%
1,06%
|
| FAMILLE PROCHE |
Mère
Père
Mère+père
Frère/Sœur
Beau-père
Belle-mère |
85,73%
30,41%
40,94%
0,42%
2,26%
10,05%
1,65%
|
| PROFESSIONNELS |
Enseignant, magistrat, médecin,
psychologue, etc. |
2,58% |
| NON DÉTERMINÉS |
|
2,71% |
Références:
BARRETT M.-J. & TREPPER T.S. Systemic treatment
of incest. A therapeutic handbook. Ed. Brunner/Mazel,
Ney York, 1989.
HALPERIN D.S. & coll. Prevalence of child sexual
abuse among adolescents in Geneva : results of a cross
sectional survey. B.M.J. 25 :312 (7042) :1326-9,,
1996.
HOFNER M.-C., BREGNARD D., AMMAN Y. Recherche sur
la maltraitance envers les enfants dans le canton de
Vaud (1999), Unité de Prévention PMU/IUMSP,
SCRIS, Lausanne, 2001.
MASSON O. Mauvais traitements envers les enfants
et thérapies familiales. Thérapie
Familiale, 2: 269-286, 1981.
MILLER A. C'est pour ton bien. Racines de la
violence dans l'éducation de l'enfant.
Ed.- Aubier, Paris, 1983.
ODAS (Observatoire national de l'action sociale
décentralisée), Paris, 4e rapport. In
: Le Monde, 18.09.96, p.8.
SALEM G. La famille dans tous ses états: une
perspective psychologique et éthique, Educateur,
Lausanne, 9/93, p. 8-13, 1993.
SALEM G. Enfants en situations extraordinaires et
famille. In : Quels droits? BICE, Genève,
1997.
SALEM G. Evolution, repère et définition
de la prise en charge multidisciplinaire. Etats généraux
de la maltraitance. CCMT, Etat de Vaud, Lausanne,
p. 17-23, juin 1997. |